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La consultation lancée par la Commission européenne sur la PAC prône une évolution, pas une révolution

Alors que les négociations sur le budget et les contours de la future politique agricole commune (PAC), qui sera mise en oeuvre après 2013, s'annoncent rudes, le commissaire européen à l'agriculture, le Polonais Dacian Ciolos, fourbit ses armes. Lundi 19 et mardi 20 juillet, il devait, lors d'une conférence à Bruxelles, livrer une synthèse de la consultation publique lancée le 12 avril, sur l'avenir de la PAC.Pendant trois mois, l'opinion des professionnels et du grand public a été recueillie au travers de quelque 5 700 contributions. Il en ressort un consensus : seule une politique agricole commune - et non une addition de politiques nationales ou régionales - est à même de permettre de relever les défis de demain, à savoir garantir la sécurité alimentaire dans l'Union (en volume et en qualité), assurer la protection ou l'amélioration de l'environnement et préserver la vitalité des zones rurales.Reste à définir les moyens de répondre à ces enjeux, et là les avis divergent. C'est parmi les groupes de réflexion et instituts de recherche que l'on trouve les plus fervents partisans d'une transformation radicale de la PAC. Il s'agit de rediriger les moyens vers les régions et les exploitations respectant l'environnement, la sécurité des aliments et le bien-être des animaux. Seules ces exigences, qui permettent aux agriculteurs européens de bénéficier d'un avantage concurrentiel au niveau mondial, justifient une certaine protection aux frontières ou une politique de subventions directes, dont les critères d'éligibilité devraient être profondément revus.Les organisations agricoles elles-mêmes sont conscientes qu'il faudra accorder une plus grande importance aux aspects non marchands, en écho aux attentes du grand public, favorable à une agriculture durable. Mais la plupart des agriculteurs consultés ne voient pas pour autant une nécessité impérieuse de réformer de fond en comble la PAC et défendent son architecture actuelle. Ils sont favorables à des mesures en faveur de l'environnement, de la qualité des produits et du bien-être des animaux, mais restent attachés au maintien d'un socle de paiements directs, considérés comme un soutien du revenu vital pour la compétitivité de l'agriculture européenne. Ces paiements directs mériteraient néanmoins d'être mieux répartis, admettent-ils. D'ailleurs tous les groupes de contributeurs s'accordent sur le fait que le régime actuel de répartition des aides est injuste, tant à l'intérieur des Etats membres que d'une exploitation à l'autre.Autre enseignement de la consultation, les mesures de soutien du marché (achat de production, subvention à l'exportation...) restent nécessaires. Elles sont considérées pour une grande partie des contributeurs comme des filets de sécurité indispensables en cas de crise. Pour certains, ces aides devraient couvrir non seulement les risques liés aux fluctuations extrêmes des prix, mais aussi intégrer les aléas climatiques et naturels.Reste que, une fois ces objectifs et principes posés, la question du budget de la PAC n'a pas été abordée lors de la consultation, si ce n'est dans quelques rares contributions défendant au minimum son maintien au niveau actuel. Or le montant de ce budget sera la question cruciale des négociations à venir au sein de l'Union. D'autant que la dégradation des comptes publics des pays membres va peser lourdement sur les orientations qui seront prises. Or les dépenses agricoles représentant encore 42 % du budget total de l'Union européenne, les pays les plus enclins à vouloir sacrifier la PAC - au premier rand desquels le Royaume-Uni - verront dans la crise actuelle une opportunité pour accélérer un processus de réforme radicale de la PAC.Dacian Ciolos, qui présentera en novembre les grandes lignes de la future PAC, le sait. Aussi, pour faire avancer ses arguments contre un démantèlement de la PAC, le Commissaire européen ne manquera pas de s'appuyer sur les attentes exprimées par l'opinion dans cette large consultation. M. Ciolos a déjà reçu l'appui des eurodéputés qui, le 8 juillet, se sont prononcés pour un maintien à son niveau actuel du budget alloué à la PAC, " au moins " jusqu'en 2020. Pour après, on attend des débuts de réponse à l'automne.Laetitia Van Eeckhout
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fonte: Le Monde
data di creazione: 18/07/2010
data di modifica: 18/07/2010